HISTORIQUE
DE LA CHAPELLE DE LACHAMP
Lachamp
est un des pics les plus élevés de l’arrondissement
d’Alès. Comme une sentinelle avancée, il réserve
au pèlerin ou au touriste un spectacle grandiose des hautes
montagnes des Cévennes dont il est l’une des puissantes
assises. Le paysage qu’on y découvre est un des plus beaux
du département du Gard. Placé entre la Vallée de
l’Auzonnet et celle de la Cèze, il les couvre toute les deux
de son ombre.A ses pieds viennent se réunir les villages du
Martinet, Saint Florent sur Auzonnet, Robiac et Rochessadoule que
Lachamp réunit dans un même idéal.
Il
est facile de se rendre au petit sanctuaire de Notre-Dame de Lachamp.
Pour gravir aisément la montagne, point n’est besoin d’une
endurance d’alpiniste. Cette ascension est accessible à
tous.Plusieurs chemins et sentiers conduisent à la Chapelle
mais il est plus sage et prudent d’utiliser des sentiers sûrs.
Il est fortement conseillé de passer par le Col de Trélys
où se trouve l’embranchement de la si commode route très
praticable du Fal. Elle est très pittoresque car elle serpente
au milieu des pins odorants. Elle conduit le pèlerin au pied
du plateau de La champ à un quart d’heure de marche du
Sanctuaire. Ce parcours facile à travers la fôret de
pins sylvestres, de châtaigniers, de bruyères et de
fleurs réjouit toujours la vue et ne demande qu’une heure de
marche très aisée. Mais les plus audacieux préfèrent
les petits sentiers abrupts et les pentes escarpées de la
montagne parmi les taillis et les petits chênes rabougris. Les
pistes sont plus courtes mais plus dures.
Les
Pèlerinages officiels sont fixés au 1er
mai et au Dimanche qui suit la 08 Septembre, jours de la Nativité
de la Sainte Vierge. Sur le point culminant de la montagne de Lachamp
dans un cadre austère de bruyères et de thym, se dresse
une Chapelle aux modestes proportions où la Vierge y est
honorée avec respect sous le vocable de Notre-Dame de Lachamp.
Il
faut remonter fort loin dans le folklore cévenol pour
retrouver l’origine de Notre-Dame de Lachamp. La version la plus
accréditée dans la région, authentifiée
par des documents sûrs, est celle d’un Saint Ermite du nom de
Suffren qui
vivait au XVIIème siècle aux abords du plateau de
Lachamp. Il avait élu domicile dans quelques anfractuosité
de la montagne. Il y menait une vie solitaire se livrant à la
prière, à la méditation et au travail manuel que
venaient troubler parfois des bergers des environs ou des admirateurs
attirés par le renom de son austérité et de sa
sainteté. Le site de Lachamp est bien propice en effet à
favoriser le recueillement d’une âme contemplative. Soit
qu’il ait été victime des soubresauts
révolutionnaires ou qu’il ait péri dans un incendie
de forêt, on retrouva bien plus tard ses ossements calcinés
qui furent recueillis en un endroit entouré d’un enclos de
pierres sèches, marqué aujourd’hui par une épaisse
touffe de buis, derrière la Chapelle. Ce fut là le
berceau de la première Chapelle de Lachamp. La tombe du Saint
Ermite se trouvait donc comme le veut la tradition au nord de la
Chapelle. Au précieux reliquaire on adjoignit en 1850 un abri
en pierres sèches dédié à la Sainte-Croix
de Notre Seigneur.
La
Chapelle devient alors un lieu de pèlerinage spontané.
Les habitants des montagnes voisines venaient y chercher une
consolation à leurs maux.On y venait surtout pour les maladies
contagieuses ou de la peau, on y portait aussi les enfants déficients
à croissance retardée ou encore atteints de la teigne.
Il existait alors une originale coutume qui consistait à
laisser en ex-voto quelques petits vêtements ou chaussures du
malade guéri que l’on accrochait aux buissons d’alentour.
Cette tradition se continua bien longtemps après la
construction de la Chapelle actuelle. On suspendait alors les
ex-votos aux bras de la Croix monumentale qui dominait le terre-plein
de devant la Chapelle. Par suite d’une déformation
phonétique Suffren
devint Souffrant
et on en fit bientôt Notre-Dame des
Souffrants. Pendant la tourmente
révolutionnaire, alors que la fureur antireligieuse était
à son paroxysme, la dévotion à Notre-Dame des
Souffrants connut dans la petite Chapelle une recrudescence de
pèlerins et de succès.
En
1872 les habitants de Saint-Florent sur Auzonnet, reconnaissants pour
les grâces insignes obtenues de Notre-Dame de Lachamp,
décidèrent la construction d’une petite chapelle
romane sur le plateau de Lachamp. L’entreprise était
d’importance et présentait de nombreuses difficultés
parmi lesquelles le financement de la construction et l’acheminement
des matériaux jusqu’au sommet du plateau. La première
pierre du nouveau sanctuaire fut bénie et posée par
Monsieur l’Archiprêtre de Bessèges en 1878 devant plus
de deux mille personnes. L’Œuvre était commencée
mais que de difficultés vont s’opposer à son
achèvement car il fallut notamment raser et niveler le pic de
Lachamp afin qu’un plateau large et uni offre l’emplacement de la
future chapelle. Toutes les familles de Saint-Florent tenaient à
l’honneur de concourir à la construction de la Chapelle de
Notre-Dame. D’une carrière près du mas du Fal assez
éloignée du plateau, du grès concassé fut
transporté, le jeudi, dans des petits sacs par le concours
bénévole des écoliers. Les matériaux
furent réunis sur le plateau. Un four à chaux fut monté
sur place, l’eau pour gâcher le mortier fut recueillie, avec
abondance, dans une citerne creusée dans le roc, le sable
préparé : mais il fallait organiser tous ces éléments
et les mettre en chantier. Ce fut l’affaire de Monsieur MURJEAS,
maçon intelligent et expérimenté qui voulut bien
se charger de cette construction. Mais, de nouveau, les travaux
furent suspendus, par manque de matériaux. C’est alors
qu’intervient Monsieur Léon POLGE, propriétaire du
Fal, homme riche, généreux et pieux qui fit un don
royal pour la Chapelle de Notre-Dame de Lachamp. Ce bienfaiteur
continua la construction inachevée, surveillant les travaux,
payant de ses deniers et de sa personne, criblant le sable et gâchant
le mortier. La construction de la Chapelle reste sa belle œuvre.
La
Chapelle devait être solennellement inaugurée le 13
Juillet 1879 devant une affluence exceptionnelle de fidèles
déjà massée sur la sainte montagne quand un
orage d’une violence inouïe s’abat sur la vallée,
rendant impossible toute cérémonie. L’inauguration et
la bénédiction eurent lieu quelques temps après.
Le 08 Septembre 1935, devant un millier de fidèles, fut
inauguré un tableau monumental représentant Notre-Dame
de Lachamp en majesté, œuvre de Monsieur BARTHELEMY de
Bessèges, que cet artiste a offert à Notre-Dame à
la suite d’un vœu.
Au-delà
des divergences humaines et au-dessus d’elles, la Vierge de
Lachamp, du haut de sa montagne, telle une sentinelle entre le ciel
et nous, continue sa garde vigilante et reste toujours la gardienne
fidèle, l’étoile de nos Vallées, la Reine de
nos cœurs.
RETOUR